jeudi, février 29 2024

Février 1934 : Scandale, indignation et révolte ! Découvrez comment l’histoire se répète


90 ans, ça se célèbre. Ou, plutôt, ça s’examine, à nouveau, au scalpel de l’Histoire. C’est une somme riche, de haute tenue académique, que les historiens Olivier Dard et Jean Philippet (tous deux déjà fin connaisseurs des Années Trente et des ligues) font paraître : Février 34 – L’affrontement (Fayard). Comme ils l’expliquent dans l’entretien qui suit, l’historiographie du 6 février 1934 souffre de ne pas connaître une récente actualisation. C’est désormais chose faite, grâce à un travail approfondi sur archives, mémoires et presse d’époque. Les deux auteurs entreprennent de battre en brèche « des visions mémorielles bien ancrées, nourries de mythes, de complots et de légendes pour restituer une réalité composite ».

6 février 34, des mythes, mais quelle réalité, donc ? Pas celle d’une tentative de coup d’État fasciste, comme la légende noire l’a laissé entendre (et ainsi que les historiens nous l’expliquent), mais bien le résultat d’une mécanique d’amoncellement de crises qui entre en « résonance avec notre contemporain et renvoie à une atmosphère empoisonnée par les affaires politico-financières, au profond mécontentement de l’opinion vis-à-vis d’élites jugées déconnectées des réalités quotidiennes » : « Cette crise n’est pas survenue par hasard, par accident. « L’hiver du malaise » de 1933 est gros d’une année d’agitation des paysans, des contribuables, des fonctionnaires, des taxis, des anciens combattants qu’une vague d’antiparlementarisme alimentée par les scandales politico-financiers. » Un lumineux voyage dans ce que la France de 1934 – sa violence mais aussi ses subtilités idéologiques et politiques, ses Croix-de-Feu, ses Stavisky, ses ligues, son parlementarisme et ses politiques aux abois – et notre époque ont de commun.

Marianne : De nos jours, où en sont historiographie et mémoire collective au sujet du mois de février 1934 ? Notre époque réussit-elle à voir plus loin qu’un vague parallèle entre « les Années Trente » et les années 2020, qui verraient le retour de celles-ci ? Quelle a été votre démarche ?

Olivier Dard :L’historiographie sur le 6 février 34 n’a guère été renouvelée depuis le livre de Serge Berstein paru en 1975, où il soulignait que cette émeute ne pouvait être considérée comme un complot fasciste. Pour ce gros travail, nous avons mobilisé de très nombreuses sources, notamment les archives de la commission d’enquête parlementaire, celles de la préfecture de police, de partis ou de personnalités politiques. Nous avons aussi beaucoup utilisé la presse, les mémoires, et bien sûr tenu compte de l’historiographie.

Notre ambition a été de proposer une réflexion sur les causes du 6 février et un récit au plus près de l’évènement comme de ses répliques des 7, 9 et 12 février afin de le remettre en perspective. Il s’est agi aussi de proposer un bilan chiffré des morts (30) et des très nombreux blessés. Publier ce livre en 2024 est important au-delà de la date anniversaire. Comprendre Février 34 en historien impose de sortir de visions mémorielles bien ancrées, nourries de mythes, de complots et de légendes pour restituer une réalité composite tant il existe bien différents 6 février, à Paris comme en province.

Gilles Moreau https://belgiumtribune.be/

Journaliste chevronné depuis plus de 12 ans, j'ai couvert divers sujets allant de la politique nationale à l'économie mondiale. Autrefois affilié à des publications de renom, il apporte désormais son expertise à BelgiumTribune.be, analysant en profondeur les enjeux politiques et économiques qui façonnent l'avenir du pays.

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