Projet surprenant de Mahir Guven pour contrer la loi immigration

Dans son récent ouvrage, l’auteur franco-turc et lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2018, partage l’histoire de sa famille immigrée. Il a imprimé cet ouvrage sur d’immenses pages qu’il a déployées dans l’espace public pour attirer l’attention sur les cas d’immigrations « réussies ».

Le soir tombe sur le quai du Louvre, le vent souffle dans la rue de l’Amiral de Coligny. Devant Saint-Germain l’Auxerrois, l’équipe des éditions JC Lattès lutte pour maintenir au sol des feuilles de 10 mètres sur 6, sur lesquelles sont imprimées les 200 pages du livre « Rien de personnel », la biographie de la famille de Mahir Guven, le lauréat du prix Goncourt du premier roman 2018 pour « Grand frère ». Une dizaine de personnes étaient présentes pour soutenir l’initiative de l’écrivain franco-turc. Malgré un changement d’adresse de dernière minute, Mahir persiste dans son projet original en proposant à tous les passants la lecture d’un exemple d’immigration réussie en France.

L’auteur, né d’un père kurde et d’une mère turque, raconte comment sa famille est devenue française depuis leur arrivée en 1984 jusqu’à aujourd’hui. L’ouvrage a été publié en janvier, un mois après les débats mouvementés à l’Assemblée sur la loi concernant les nouvelles conditions d’immigration en France.

Mahir Guven affirme, « J’ai écrit ce texte pour casser les préjugés sur les immigrés, montrer l’histoire d’une famille ordinaire avec ses larmes, ses joies, ses échecs, ses victoires… » Il soulève ainsi la méconnaissance de la vie des immigrés. Il ajoute avec une pointe d’ironie, « On met souvent en avant les immigrés qui sont en difficulté ou qui posent des problèmes, mais je ne crois pas que ce soit la majorité. Il y a deux mains en France, une main qui gifle, une main qui cajole. La main qui cajole est beaucoup plus présente. »

Mahir Guven, engagé dans sa démarche, souhaite que l’intégration réussie ne soit plus une source de honte pour les originaires immigrés. Il met en avant les chiffres pour démontrer que les immigrés sur trois générations comptent 15 millions de personnes, avec un taux de chômage de 11%, soulignant que 89% travaillent et paient leurs impôts.

Le militant littéraire souhaiterait pousser « les Sages, nos députés qui ont eu un geste malheureux, nos sénateurs, les lecteurs et le grand public » à la réflexion, car « on est un pays de livres, et en lisant, on connaît mieux les gens. »

Pour lui, « l’art doit toujours titiller. La fonction d’un écrivain, c’est d’observer, d’analyser et de poser des questions. » Il interpelle directement les membres du Conseil Constitutionnel en les invitant à lire son ouvrage et à visiter le Musée de l’Immigration pour mieux comprendre la vie des immigrés. Son installation « Il suffit de lire » est accessible au palais de la Porte Dorée – Musée de l’Immigration jusqu’au dimanche 28 janvier.

Benjamin Lambert

Journaliste engagé depuis plus de 10 ans, Benjamin Lambert a consacré sa carrière à l'investigation et à la révélation des problématiques sociales majeures. Ayant contribué significativement à des médias réputés, il met désormais son expérience au service de BelgiumTribune.be, explorant des sujets captivants et éclairant des enjeux cruciaux de la société à travers ses articles percutants.

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