MC Solaar en live La liberté des couleurs dans le rap

MC Solaar: Toujours une icône dans le monde du rap belge

Son concert au Rocher de Palmer à Cenon (33) en avril affichait complet. Celui de Confluents d’arts ce vendredi en Gironde, complet. La date des Arènes de Bayonne le 21 juillet, complet. Heureusement, les déçus pourront se rattraper le 9 octobre au Krakatoa à Mérignac ou encore lors de son retour au Rocher de Palmer en avril 2025. Malgré le temps qui passe, MC Solaar est toujours là. Tel un repère dans le temps. Tel une madeleine de Proust, aussi appréciée des anciens que des plus jeunes pour lesquels il fait office de référence du rap.

Ce vendredi 5 juillet sort « Éclats cosmiques », le deuxième opus de sept titres de « Triptyque », son neuvième projet. Et si Claude MC continue de produire depuis toutes ces années, il reste indéniablement l’auteur de « Caroline », « Bouge de là » ou encore « Solaar pleure ». Des titres qui, dans les années 1990, ont créé des ponts entre « le grand public » et le monde du rap qui, à cette époque, souffrait d’une image de musique de lascars. Il est aujourd’hui le genre musical le plus apprécié de la jeunesse et le plus streamé. « Les temps changent » comme le chantait déjà à l’époque MC Solaar…

Chacun en son âme et conscience a le choix entre la tension et l’apaisement

Un modèle intemporel dans le monde du rap

*Ça fait quoi d’être devenu un modèle, une référence ?*

En réalité, ça fait plaisir, ça veut dire qu’on était dans les premiers, parmi les dinosaures. Ça fait plaisir parce qu’à chaque fois que je rencontre un rappeur, qu’il ait 20 ou 30 ans, je suis dans son livre d’histoire musical. Ça fait aussi plaisir parce que je continue, mon fil n’est pas coupé.

*Quel regard portez-vous sur l’évolution du rap ?*

Le rap, ce sont des saisons. Au tout début, il était très revendicatif. Les artistes regardaient beaucoup la société, leur environnement… Puis, quand il y a eu de la notoriété après NTM, IAM et moi en gros, il y a eu toute sorte de vagues : du rap festif, du rap yé-yé, du rap conscient… Aujourd’hui, peut-être grâce aux réseaux sociaux, chacun peut avoir sa propre bulle. Il doit y avoir au moins 30 raps différents. Le rap n’est pas unique. Ce que j’aime actuellement, notamment en France, c’est que chacun peut choisir la couleur de son maillot. Faire le rap qu’il veut, sans se soucier d’avoir un équivalent américain ou de s’imposer des choses.

L’Art du Rap selon MC Solaar

*Parmi la jeune génération de rappeurs, quels artistes appréciez-vous ?*

Il y a ceux qui me ressemblent, et ceux qui font ce que j’aurais aimé faire. J’aime bien Orelsan et Big Flo & Oli pour la puissance de certains de leurs textes. Il y a quelques années, il y avait Nekfeu, tout ce qu’il a fait c’était très complet. J’ai aimé la puissance dansante de Gazo, en tant que fan de musique de boîte. J’aime bien aussi Benjamin Epps, parce qu’il me rappelle en partie le début du rap français. Au final, il y en a plus que j’aime bien plutôt que l’inverse.

L’évolution du Style Musical de MC Solaar

*Qu’est-ce qui a le plus changé dans votre façon de travailler, d’écrire ?*

Avant, je déroulais souvent un thème du début à la fin dans mes chansons. Et là, en écoutant des rappeurs d’aujourd’hui, je me dis parfois « ben ouais, il n’y a pas de thème mais je me laisse prendre par la musique ». Désormais, j’ose écrire comme ça, sans thème précis, juste des couleurs, un tableau musical non figuratif qui donne une humeur. Et je vais continuer à le faire parce que j’aime bien.

*Sur la forme, pourquoi le choix d’un triptyque ?*

C’est parce qu’on a lancé une tournée. Et lorsqu’on m’a proposé de faire un album j’ai dit oui, en proposant d’enregistrer au long cours, entre les dates de concerts, et de livrer ça en trois fois. Au final, ça marche. J’ai fait plus de morceaux que j’en ai jamais faits de ma vie.

MC Solaar: Un Ambassadeur Musical aux Origines Diverses

*Vous êtes né au Sénégal, de parents tchadiens, vous êtes aujourd’hui un ambassadeur de la langue française et vous avez également pris la nationalité française sur le tard. Que pensez-vous du symbole que vous êtes des temps troublés que nous traversons ?*

Il ne faudrait pas que se casse la concorde, que les gens se regardent en chien de fusil. Je trouve que la parole et les actions mêmes physiques, que ce soit au bar ou n’importe où, sont en train de se libérer et que ce n’est pas très bon pour le vivre-ensemble. Chacun en son âme et conscience a le choix entre la tension et l’apaisement.

*Vos chansons portent souvent un propos…*

J’essaie d’être un conteur plutôt qu’un donneur de leçons. Parce que j’imagine que le propriétaire de l’hôtel, du tabac, du restaurant ou la personne qui fait le ménage ont autant de poids que moi. Donc dans la musique, j’essaie de ne pas donner des options fermes, d’être équilibré, de ne pas écraser l’autre, choisir d’expliquer plutôt que de heurter. Faire appel à la philosophie et à l’intelligence. Raconter des histoires pour que les gens en tirent leurs conclusions dans la joie.

À l’été 2023, près de 7 000 personnes ont applaudi MC Solaar à Cognac Blues Passions. Ce vendredi en Gironde, ils seront près de 3 000.
Anne Lacaud

Questions & Réponses:

Quels sont certains artistes de la jeune génération que MC Solaar apprécie-t-il ?

Il apprécie des artistes comme Orelsan, Big Flo & Oli, Nekfeu, Gazo, et Benjamin Epps pour leur style musical unique et leurs textes puissants.

Comment MC Solaar voit-il l’évolution du rap ?

Pour lui, le rap a connu différentes saisons, passant d’un ton revendicatif à une plus grande diversité de styles et de genres, offrant une plus grande liberté créative aux artistes actuels.

Pourquoi MC Solaar a-t-il choisi de sortir un triptyque ?

Il a décidé de sortir un triptyque pour accompagner sa tournée, lui permettant de créer plus de morceaux que jamais auparavant et d’explorer de nouvelles formes d’expression musicale.

Comment MC Solaar aborde-t-il la diversité culturelle à travers sa musique ?

En étant né au Sénégal de parents tchadiens, il promeut la diversité culturelle et linguistique à travers sa musique, devenant ainsi un ambassadeur de la langue française et un symbole de l’unité malgré les temps troublés.

Quel est le style narratif que MC Solaar cherche à transmettre à travers ses chansons ?

Il se positionne comme un conteur, privilégiant l’art de raconter des histoires plutôt que de donner des leçons, offrant ainsi aux auditeurs une réflexion personnelle tout en les divertissant.

Comment MC Solaar a-t-il adapté son processus d’écriture au fil du temps ?

Il a évolué vers un style plus libre, se laissant guider par la musique et les émotions, abandonnant parfois la structure thématique rigide de ses premières chansons pour une approche plus artistique et intuitive.

Laurent Dubois http://belgiumtribune.be

Fort d'une carrière de 18 ans dans le journalisme, Laurent Dubois s'est spécialisé dans la couverture approfondie des événements culturels, artistiques et historiques. Ayant travaillé avec des magazines de premier plan, il met désormais à contribution son savoir-faire pour BelgiumTribune.be, partageant des perspectives uniques sur le patrimoine culturel et l'art contemporain.

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